OpenAI est une société défaillante et ChatGPT va disparaître.

Image transparente d'une tombe sur laquelle est le logo d'OpenAI. L'image est volontairement très mal détourée.

(J’ai pas besoin d’IA pour faire des montages moches).

Quand on me demande quel est mon sentiment sur l’IA, je réponds que je suis optimiste, parce que l’IA va mourir bientôt.

Biais (parce que je ne pars pas neutre)

Je suis ouvertement et violemment hostile à l’IA générative. Je considère que ce modèle d’intelligence artificielle est largement incapable de remplir son rôle d’améliorateur de société. Je considère également que l’impact écologique, éthique et moral de l’IA générative dépasse toute considération technologique et financier et qu’il n’y a pas besoin du reste pour arrêter de l’utiliser. Mais faut pas se leurrer, l’IA ne disparaîtra pas pour ces raisons, et je n’aborde pas ce sujet ici.

Je considère que cela tue la créativité. Chaque fois que quelqu’un utilise une IA générative, quel que soit ce qui est généré, que ça soit du texte (pas merci pour les auteur·ices, les artistes du 5ème art), de l’image (pas merci pour les artistes du 3ème art), ou de la musique (pas merci pour les artistes du 4ème art), Dieu tue un chaton. Voilà, comme ça, vous avez le décor qui est planté et si vous voulez renier le reste de l’article, déroulez, ça me va de toute façon d’être qualifiée de paria.

Bien que vous auriez tort ! Parce qu’aujourd’hui, on ne va pas parler morale, éthique, écologie, autant de sujets qui pourtant mériteraient à eux seuls d’interdire l’IA générative telle qu’elle. Là, on va parler de choses plus palpables.

OpenAI fait face à un problème qui mène à sa perte et que les pragmatiques ont vu venir : la déroute à la fois technologique et financière. Car le pronostic vital d’OpenAI est engagé, et la question n’est pas de savoir si OpenAI tombera, mais quand.

La déroute technologique

La faim en données et l’autophagie

Les IA génératives nécessitent de travailler avec des données compilées déjà existantes, et triées. Si le pool est massif, il n’est ni illimité, ni indépendant de la création humaine. Cela vaut, bien sûr, pour les textes. Cela vaut d’autant plus pour les photos. Cela vaut aussi pour les musiques. En réalité, absolument tout ce qui est généré par IA a besoin d’une source qui soit à la fois épurée, triée, et massive. Or, cette ressource n’est pas illimitée, au contraire.

Je vais prendre pour exemple les LLM (Large Language Model, grand modèle de langue) pour illustrer mais considérez que le problème est en train de se produire sur les IA génératives, quelles qu’en soient leur nature, donc aussi sur la génération d’images.

L’Université de Cornell, en 2019 (ça date un peu, prenez des pincettes) avertissait que les LLM atteindraient potentiellement la limite des données fraîches exploitables entre 2026 et 2032. On est plus proche de 2026 que de 2032. Maintenant, pour être totalement honnête, il faudrait plutôt voir les données exploitées comme une asymptote des données exploitables, mais la croissance des IA ne peut plus être exponentielle, si tant est qu’elles peuvent croître encore.

Pourquoi pas les générer soi-même alors, ou attendre que les utilisateur·ices utilisent l’IA pour créer des monceaux de texte ? Terrible idée. Les IA exploitant les données générées sont vouées à être atteint d’une « maladie » nommée Désordre de Modèle Autophage. TL;DR : plus vous nourrissez l’IA avec ses propres données, moins elle est efficace. C’est pas comme si le système était hermétique : l’IA s’empoisonne, elle-même, sans même que ça soit une entreprise malicieuse, et ça devient un gros problème.

Je passe volontairement sur le fait que les IA génératives ont tellement besoin de nouvelles données que leurs possesseurs ne s’embêtent même plus avec le consentement des auteur·ices de ces données, ce qui risque de les mener au tribunal bientôt – mais ça, ça sera pour quand on mangera sur le cadavre encore chaud d’OpenAI.

Seule solution : gonfler les muscles.

Sans rentrer dans le détail : les IA génératives fonctionnent entre autres, dans leur apprentissage, avec un réseau de neurones artificiels massif. Tellement massif qu’on parle désormais de tellement de paramètres qu’il faut construire des immenses centres pour exploiter ces neurones artificiels.

Parce que les données d’entrée, déjà empoisonnées, ne sont pas illimitées, il faut pouvoir réfléchir plus dessus. Mais plus vite ! Sans quoi, les utilisateur·ices déserteront. Vous croyez qu’iels ont le temps d’attendre plutôt que de faire une requête sur un moteur de recherche ? Bah non, vous leur avez donné la rapidité, la presque immédiateté des réponses, maintenant il faut persister ! Vous justifierez comment de donner une réponse avec une chance non-négligeable d’erreur au bout de 10 minutes ?

(Oui, parce que l’IA ment, ou pour être plus exact, n’a pas la notion de vérité. Elle veut simplement vous plaire. Mais c’est un problème pour un autre temps.)

Donc, il faut augmenter la mémoire disponible, avec l’espoir que ça sort un meilleur résultat et qu’on pourra justifier ça auprès des créanciers. Je sais pas si vous réalisez : la stabilité d’OpenAI repose sur de l’espoir. Pas sur du palpable.

Dans ce contexte de dépense sans compter, pour un gain très, très faible, je me demande comment une telle entreprise peut aboutir. Heureusement je ne suis pas la seule à m’être posée la question et après avoir entendu sonner le tocsin, c’est la marche funèbre qu’on entend désormais résonner à l’horizon à propos d’OpenAI.

La déroute financière

On vous a peut-être déjà bassiné avec la bulle de l’IA. Même si tous les signaux d’une économie circulaire à plusieurs milliers de milliards de dollars montrent qu’on est dans une bulle et que les rares personnes à nous rassurer sur la bulle sont ceux qui sont payés à la faire gonfler, même si ça a l’apparence d’une bulle, la forme d’une bulle, la consistance d’une bulle, les économistes ont du mal à se mouiller pour dire que c’est une bulle et qu’elle va éclater. Parce qu’il peut toujours y avoir un miracle technologique.

Pour le moment, ça n’en prend pas le chemin, et à part rêver, rien ne nous dit que ça arrivera. Les entreprises restent frileuses, dubitatives et/ou incultes face à cette technologie, ne savent pas vraiment comment l’exploiter, et leurs données ne sont pas prêtes pour être utilisées par une IA mais pour générer des rapports. Donc qui achète ? En tout cas, pas assez de monde pour rentabiliser l’initiative, puisque les compagnies d’IA ont déjà commencé à contracter des prêts auprès des banques, et ce sans aucune garantie de remboursement. Et pour cause, ça ne sera jamais remboursé.

Parce qu’il faudrait que tout le monde achète de l’IA. Sauf que l’IA, pour le grand public, c’est un gadget gratuit. Et un gadget même pas utile en plus – en même temps l’IA s’est vendue pour son côté divertissant avant de se vendre pour son côté pratique et productif, et ses applications commencent à peine à être observables et ce sont des applications non-rentables.

Ah, si, pardon. OpenAI va ajouter de la pub dans son application maintenant. Pour essayer de rentabiliser les plans gratuits. Parce que trop peu de monde prend les plans payants. Je commence déjà à entendre des collègues qui ont profité du partage de compte (ça aussi, on pourrait en parler), qui n’ont pas vu d’améliorations significatives entre le plan gratuit, bientôt publicitaire, et payant, qui serait donc sans pubs. Sans avantage significatif, il sera difficile d’assurer les plans financiers.

Une entreprise saine qui perd de l’argent a plusieurs options combinables:

  • Réduire la voilure, donc ralentir sur les innovations. Dans le cas d’OpenAI ça signifie avoir une IA stagnante technologiquement. On pourrait s’en satisfaire et se dire qu’on a atteint le plafond, et que ça ne sert pas à grand chose d’augmenter les capacités. Comment alors dire aux banques que leur investissement dans l’IA ne sert plus à l’innovation ?
  • Vendre ses solutions plus chères. Cela peut fonctionner si les compagnies vendeuses croulent sous la demande ou si l’offre est monopolistique, moins si les entreprises ne se poussent pas au portillon avec plusieurs concurrents sur le marché;
  • Revendre ses parts. Cela risque de faire baisser la valeur de l’entreprise en bourse, mais ça peut rapporter de l’argent à court terme.

Sauf que ! rappelez-vous, on ne parle pas d’une entreprise saine financièrement. On parle d’une entreprise qui contracte des crédits astronomiques à des taux pharaoniques, et qui ne sera pas capable de les rembourser. C’est presque déjà acté. Maintenant, la question n’est pas de savoir si ça tombera, mais quand ça tombera. A en croire des sources concordantes, la chute financière est déjà actée.

(Et quelle ne fut pas ma non-surprise de découvrir ce matin que la banqueroute est prévue pour 2027. Je pensais avoir du flair en disant deux ans d’instinct, je ne pensais pas avoir raison à ce point.)

Et si ce n’était pas les seuls ?

La vitesse à laquelle les fonds sont donnés pour cette technologie rappelle avec force et fracas deux précédentes crises financières qui ont démarré par les mêmes bulles qu’aujour’dhui : la crise du .com, et la crise des subprimes.

Avec pourtant beaucoup moins de liquidités en jeu, la crise des subprimes a mené à la perte d’une banque qui était trop grosse pour couler (« too big to fail »), et à une crise financière majeure. Or, nous sommes déjà dans cette situation pour OpenAI, qui a engagé mille milliards d’euros et qui, comme je l’ai expliqué, est déjà en train de tomber.

Sans OpenAI, des autres acteur·ices pourraient soit profiter du creux pour combler la demande qui existait avec OpenAI, soit tomber à leur tour. Et vu la circularité de l’économie de l’IA, tout porte à croire qu’OpenAI n’est pas tant l’immeuble qui s’effondre sur lui-même que le premier domino d’une chute inévitable des compagnies d’IA.

Grok ? À moins que Musk ne mette le double de sa fortune dedans, j’y crois pas une seconde, sachant que visiblement sa priorité serait plutôt une nouvelle solution de colonisation spatiale. Les concurrents ? Pas plus. Une fois qu’OpenAI tombera, il sera difficile aux entreprises exclusivement basées sur cette technologie de subsister.

Le dernier acteur debout pourrait être Google et Gemini, car ce sont les seuls qui ont la capacité de se nourrir de données de manière continue étant donné que la plupart de leurs services sont utilisés au quotidien par des centaines de millions de gens à travers le monde, n’ont pas que l’IA à vendre et ont les capacités financières de tenir. Même Meta me semble être perdu dans cette cavalcade, mais tout ça dépendra des réglementations sur les données personnelles.

J’ai même un peu de mal à croire que la Chine avec ses solutions maison s’en sortira avec des dégâts mineurs, même si dans leur cas la question de la gestion du coût des infrastructures matérielles n’est pas à l’ordre du jour.

Et l’impact pour nous ?

Nous savons déjà que les entreprises d’IA sont tellement gourmandes en mémoire RAM que celle-ci est en train d’augmenter en prix à une vitesse exponentielle et qu’on n’a pas encore vu la fin de l’augmentation. Le plafond sera bientôt atteint, mais les prix n’auront pas de raisons de baisser. L’électronique grand public va donc connaître aussi une augmentation, et rien ne dit que celle-ci va baisser de sitôt : même avec une faillite des compagnies d’IA génératives, maintenir une tension sur la mémoire pour garder une demande supérieure à l’offre peut s’avérer rentable pour les producteurs de puces.

L’effondrement de ces entreprises et des banques qui leur ont prêté va lourdement impacter la finance en règle générale et la crise financière qui s’annonce, entre l’éclatement de la bulle IA qui fait de plus en plus mal à mesure qu’elle gonfle, corrélée à la situation financière au Japon qui risque de mettre un coup de massue supplémentaire annonce encore une nouvelle phase de crise financière qui verra, sauf miracle anticapitaliste, une nouvelle augmentation globale des prix et nous ne saurons pas encore comment nous nous en remettrons (j’ai un optimisme béat à propos de la capacité d’adaptation de l’humanité).

Par ailleurs, même si je m’exprime avec assurance, je me méfie de ma propre prédiction et mes biais jouent dans la balance. Mais si j’étais la seule à la formuler, je ne serais pas en train d’écrire un article. Je n’en ferais qu’un vœu pieux en brûlant des cierges et en marmonnant un pater et deux ave puis prierais n’importe quel saint de bien vouloir réaliser mon souhait. Non, là, je pense que le nombre de signaux au rouge concernant OpenAI sont tels qu’il faudrait des œillères pour ne pas les voir, et même par enthousiasme technologique, je ne vois aucun miracle se profiler à l’horizon.

OpenAI est une société défaillante et ChatGPT va disparaître.

Notice de l’autrice : l’ensemble des propos tenus ici font partie d’une analyse qui ne reflète en rien une expertise et ne traduit que l’opinion de son autrice. L’ensemble des sources utilisées pour appuyer celle-ci est disponible en cliquant sur les textes soulignés.

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